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Mémoire musculaire et Technique Alexander : De l'automate au musicien libre

14 januari 2026 in
Mémoire musculaire et Technique Alexander : De l'automate au musicien libre
Sounds of Kleio asbl, Martin Michiels
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En tant que musiciens, nous parlons constamment de mémoire musculaire. Ce concept, bien que courant, cache une réalité fascinante qui touche directement à l’unité corps-esprit au cœur de la Technique Alexander.

Le pouvoir (et le piège) de l'habitude

En musique, nous répétons un passage jusqu'à ce qu’il devienne fluide, au point de ne plus avoir à y penser consciemment. C’est une stratégie d’efficacité : face au trac ou à l’imprévu, nous avons besoin de pouvoir compter sur un geste automatisé pour restituer la musique en toutes situations.

Pour ceux qui ne pratiquent pas d'instrument, ce processus est identique à l’apprentissage de la conduite :

  • Au début, chaque mouvement demande une attention totale. On se concentre parfois sur une seule chose à la fois.

  • Avec la compétence, le corps semble « agir pour nous ». Si nous avons appris les bons gestes dès le départ, c’est une libération : nous faisons les choses naturellement et sans effort superflu.

Le corps enregistre tout (même le pire)

Cependant, il est important de préciser un point technique : scientifiquement, la « mémoire musculaire » est un abus de langage. La mémoire ne réside pas dans le muscle lui-même, mais dans le système nerveux (cerveau et moelle épinière).

C’est ici que la Technique Alexander tire la sonnette d’alarme avec le concept de « perception sensorielle erronée » (Debauched Sensory Appreciation). Notre système nerveux s'habitue si bien à nos mauvaises habitudes que le cerveau finit par les interpréter comme étant la position « neutre ». Le défi est de réaliser que notre mémoire nous trompe : ce qui nous semble « naturel » n'est en réalité que ce qui nous est « habituel ». Si vous avez l'habitude de jouer avec les épaules contractées, les relâcher vous semblera, au début, étrange ou « faux », alors que vous retrouvez simplement votre équilibre.

J’ai personnellement vécu la force de cet automatisme lors d’un séjour au Canada. En conduisant une voiture automatique, j’ai dû rester très conscient pour m’adapter. Mais c’est à mon retour en Belgique que la mémoire musculaire s'est manifestée de façon flagrante : "Crak" : j'oubliais de débrayer avant de passer la première vitesse. L'ancien pli est revenu instantanément.

Le corps ne trie pas : il enregistre tout. Si vous travaillez un passage difficile en serrant les dents ou en bloquant votre respiration, la mémoire musculaire enregistre la note ET la tension.

Ces tensions deviennent habituelles, donc invisibles. On ne les sent plus, car elles font littéralement partie de nous. C'est un danger réel : tout ce que nous entreprenons au quotidien se retrouve alors entravé par des mauvaises habitudes. La Technique Alexander nous réapprend à sentir ces tensions et à les stopper (Inhibition) avant qu'elles ne se réinstallent en nous.

Le paradoxe : Conscience vs Flow (fluidité)

Une question se pose alors : si nous devons rester conscients pour éviter ces pièges, comment peut-on encore atteindre cet état de « flow » où la musique coule sans effort ?

La réponse réside dans la qualité de ce que nous enregistrons. La conscience n'est pas une fin en soi, mais un tremplin. Le travail de la Technique Alexander n'est pas une surveillance policière de chaque instant, mais un travail de « nettoyage » :

  1. L'Inhibition : On apprend à s'arrêter avant l'action pour ne pas laisser les vieux schémas de tension prendre les commandes.

  2. La Direction : On redonne au corps une coordination naturelle et libre.

  3. La Confiance : Une fois que le passage est travaillé dans cette présence, la mémoire musculaire enregistre enfin le geste pur, libéré de ses crispations.

Si nous avons utilisé la Technique pour éliminer les tensions parasites lors de l'apprentissage, nous créons une habitude éduquée.

Au moment du concert, la conscience n'est plus un contrôle rigide, mais une présence bienveillante. Nous pouvons alors accorder notre confiance à cette nouvelle mémoire épurée. C'est là que réside la magie : avoir travaillé si consciemment que, le moment venu, on peut « laisser couler » le passage de manière libre, avec la certitude que notre corps est un allié disponible.

Conclusion : Le lâcher-prise dirigé

Finalement, la Technique Alexander ne nous demande pas de renoncer à notre mémoire musculaire, mais de l'éduquer. En apprenant à ne plus être les esclaves de nos vieux schémas de tension, nous transformons nos automatismes en un socle solide. C'est ce travail conscient qui, paradoxalement, nous offre la plus grande des libertés : celle de pouvoir enfin laisser la musique s'exprimer à travers nous.

Mémoire musculaire et Technique Alexander : De l'automate au musicien libre
Sounds of Kleio asbl, Martin Michiels 14 januari 2026
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